d’Eric Fottorino "Mille et un Soleil Paroles duMaghreb en France" édition Stock

Quelques photos de spectacles

Extraits : Nora At Brahim, l'espérance faite femme.

On est d'abord saisi par son regard noir qui éclaire un visage régulier aux pommettes haut perchées. Que de détermination et de douceur mêlées ! Avant même d'entendre sa voix chaude et parfois presque cristalline chanter les poèmes berbères qu'elle écrit dans sa langue maternelle (et qu'elle traduit en français), on devine tout ce qu'il a fallu de rage et de courage à Nora At Brahim, pour trouver l'entrée des artistes.

Femme, Algérienne, Kabyle, rien n'était donné. il fallait se libérer des a priori d'un milieu, d'une culture, d'un pays qui réserve au sexe dit faible plus d'ombre que de lumière. Rien n'était donné : Nora n'a pas connu l'école avant l'âge de dix ans. Mais dans son cœur d'enfant analphabète battait la poésie. Faute de pouvoir l'écrire, elle la tournait dans sa tête, tournait et retournait. Si elle doutait de sa mémoire, c'est à ses cousines qu'elle récitait son babil kabyle, pour que d'autres mémoires s'en souviennent à leur tour. Son père, qui l'aimait fort, lui apprit toujours à ne pas se laisser dominer. Mais malgré ce soutien paternel, il y avait des limites à ne pas franchir, et la poésie en était une. Nora sentait le danger. Dès qu'elle sut écrire, elle coucha ses premiers textes sur le papier pour aussitôt les cacher. Son heure viendrait, mais il fallait attendre.

On a du mal à imaginer que cette jeune femme au parler passionné, entrée à l'école à l'âge où l'on va au collège, a passé son bac en suivant les cours du soir avant d'obtenir une licence de droit, un BTS commercial et un diplôme supérieur de sociologie auprès de Jean Duvignaud. Le sujet de son mémoire ? Le sort des artistes, des chanteurs-poètes dans la culture berbère. Nora voulait comprendre sa marginalité, la mise a l'écart dont elle et ses compagnons de rimes faisaient les frais depuis si longtemps.

Ce travail de recherche lui a apporté les réponses qu'elle cherchait et la conviction que des barrières pouvaient, devaient tomber, pour elle, pour les siens, pour les femmes de Kabylie. Son idée fut pourtant, à l'origine, de faire interpréter ses textes par une amie. Mais l'amie, au jour du rendez-vous, n'est pas venue. De concert - si l'on peut dire - avec ses études universitaires Nora a donc commencé à chanter. En France, où elle était venue suivre sa formation de sociologue. Il n'était pas encore question pour elle de se produire en Algérie. Elle n'était pas assez sûre d'elle. Sa voix tremblerait-elle devant sa famille et son peuple ? Nora pourtant est revenue et a chanté pour la première fois en Algérie au Festival international de l'amitié, en 1988. Vingt spectacles en vingt jours. Un succès immédiat. Son visage s'affichait sur les murs des villes jusqu'à Tizi-Ouzou, lieu des origines où elle chanta aussi. Certains membres de sa famille apprécièrent, d'autres beaucoup moins. Voir sa photo dans le journal était tantôt une fierté, tantôt une honte qu'il fallait taire. Jamais sa mère n'est venue écouter Nora, qui ne se prive pas de chanter l'amour maternel, mais aussi la paix et la tolérance, tout ce que le monde renferme de richesses, de beauté et d'espoir. Son dernier disque, Une femme, une espérance pour l'Algérie déborde de cette énergie généreuse, à travers des chansons aussi différentes que "Boudiaf " (en hommage à l'ancien président assassiné) "l’amour Méditerranée " ou encore "l’exilée " "ô ma mère, je vais très loin/ de ce village de médisants/ ils ont dit du mal de moi/ les vieillards et les jeunes gens/ s'ils m'accusent d'énormités/ Devant Dieu ils le payeront. "

Mais, au contraire, les plus anciens apprécient ses chansons dans lesquelles ils retrouvent un langage authentique, près de leurs racines, plein de fraîcheur et de poésie. Les plus jeunes, eux, y puisent des raisons de croire en demain, des mots pour se battre contre la bêtise et le renoncement.

Eric Fottorino

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